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Auteur : FourWinds

La marche de la Loue : 3 jours pour convaincre

La marche de la Loue : 3 jours pour convaincre

La « MARCHE AVEC LA LOUE » s’est terminée sous un soleil complice.
Notre évènement a été accompagné par plus de 300 personnes pendant les trois jours.
France 3 a suivi cette marche et nous avons trouvé leur film et leur article (ci-dessous) à la hauteur de la manifestation. Un grand Merci à toute l’équipe.

 

 

Texte d’Isabelle Brunniarus, France 3 Bourgogne-Franche-Comté

C’est l’histoire d’une goutte d’eau. Elle tombe inlassablement sur une pierre sans jamais se résigner. Un jour, la pierre commence à céder et l’eau laisse sa marque. Comment imaginer qu’un petit rien puisse donner un grand tout ? Pour les Amérindiens, leur force mentale, leur prière nourrissent leurs actions. Et s’ils savent brandir leur colère comme à Standing Rock, ils veulent aussi miser sur la propagation d’une forme d’onde positive, cette goutte d’eau qui, mine de rien, fait son chemin. La marche de la Loue s’inspire des marches de l’eau des États-Unis. Deux porteuses d’eau ont franchi l’océan atlantique pour tenter de convaincre les habitants de la vallée d’un message tout simple : l’eau, c’est la vie et il faut la respecter. Une évidence que l’on a tous tendance à oublier.

Les années précédentes, l’association Four Winds avaient proposé à des milliers de personnes à assister aux Pow Wow, des cérémonies amérindiennes, à Ornans. Cette fois-ci, il s’agit d’accompagner les porteuses d’eau dans leur marche de la Loue pour «éveiller les consciences» des Francs-Comtois.

Avec Laurent Brocard et Mehdi Bensmaïl, nous avons tenté de vous restituer cette ambiance particulière : participer à une rite amérindien sans être imprégnés au quotidien de cette culture. Sur ces trois jours de marche, plusieurs centaines de personnes ont suivi et écouté Fawn Galvan, Zyanya Hawk et le Chaman Dennis Yellow Thunder. Des femmes ont enfilé une jupe pour pouvoir porter l’eau, habit indispensable traçant un cercle symbolique au sol. Les hommes pouvaient, eux, tenir un bâton protecteur. Il a été confectionné par Stéphane Skora, un des membres de Four Winds : le bois a trempé dans les eaux du Mississipi qui reçoit les eaux du Missouri, cette rivière à l’origine du combat de Standing Rock et les plumes viennent de la vallée de la Loue. Sa petite fille Jana a été choisie pour «porter une charge symbolique de veiller sur la Loue». La cérémonie d’«intronisation» doit avoir lieu dimanche matin. Et, l’eau prélevée par les porteuses d’eau à la source du Pontet sera reversée dans la Loue en plein cœur d’Ornans. Entre temps, l’eau aura séjourné dans du cuivre, elle se sera «purifiée» pendant cette marche spirituelle et devrait à son tour agir sur les eaux de la Loue. Des conférences sont également prévues pour clôturer ces trois jours faits de symboles et de dénonciations.

La cérémonie à bien eu lieu en présence de Monsieur le Maire et de sa première adjointe, sous les chants de «Cœur de Lou(v)e», la chorale d’Ornans. Au moment précis où l’eau a été reversée dans la rivière les cloches de l’église Saint Laurent se sont mises à sonner. Un moment d’intense émotion que le public, nombreux sur la passerelle, n’est pas prêt d’oublier.

La salle comble de la place St-Vernier a accueilli les conférences de nos invités comme prévu. C’est sur des paroles de réconfort et d’espoir que nos amis amérindiens ont clôturé ces trois jours.

La petite Jana prendra (symboliquement) soin de la Loue jusqu’au retour des porteuses d’eau en 2019.

Source :
La marche de la Loue : trois jours pour convaincre France 3 Régions, Isabelle Brunniarus, 2017.09.23

Marche de la Loue

Marche de la Loue

L’événement a eu lieu le weekend du 22, 23 et 24 septembre 2017.

Pourquoi une « marche de la Loue » ?

Cette belle rivière est une rivière mythique. Autrefois baptisée la louve par les anciens, car elle pouvait devenir très rugissante suite aux fortes précipitations, elle est devenue « la Loue ». Elle a inspiré les plus beaux tableaux du peintre Courbet, et a fait venir les plus fins pêcheurs à la truite du monde entier. Aujourd’hui elle fait grise mine.

La lutte pour la protection de l’eau est mondiale, comme doit être la liberté de vivre sur les terres de ses ancêtres avec dignité et sécurité. Pour nos amis Amérindiens, c’est depuis l’arrivée des Européens une longue histoire de guerres, de massacres, de traités rompus, et aujourd’hui de dégradations de l’environnement.

— En Amérique du Nord, des Amérindiennes « porteuses d’eau » cheminent dans le but de sauver les cours d’eau victimes de la pollution. La porteuse d’eau prélève à la source du fleuve ou de la rivière de l’eau dans une cruche puis marche le long de la rivière pour la déposer à plusieurs kilomètres du point de départ et purifier ainsi le cours d’eau. Fawn et Zyanya font partie de ses gardiennes de l’eau et œuvrent selon les traditions de leur peuple. À l’occasion de cette fête exceptionnelle, une petite fille (d’environ une dizaine d’années) a été intronisée en tant que « porteuse d’eau ». Elle porte la charge (bien symbolique) de veiller sur la Loue.

Par cette marche symbolique nous avons voulons soutenir les autochtones américains et leur offrir l’occasion de nous expliquer ce qu’ils vivent et ce qu’ils souhaitent pour leurs peuples. Nous avons tous un rôle à jouer dans la sauvegarde de la planète et la préservation de l’environnement.

Avec nous le nombreux public qui nous a accompagné dans cette marche, le temps d’un week-end, a vécu des moments inoubliables.

Prières et invocation à l’eau :
Ô eau, Le long de tes méandres étroits, là où tu frappes le plus fort
Là où tu t’enroules le plus,
Là où tu t’adoucis,
Entre les mousses suintantes,
Fait que chaque impureté qui nous entrave soit balayée.

Nos invités à la marche de la Loue 2017

Nos invités à la marche de la Loue 2017

Dennis Yellow Thunder

Il s’appelle Dennis Yellow Thunder (Tonnerre Jaune). Il est Sioux Oglala et habite dans la réserve de Pine Ridge (Lakota du Sud) qui est située à quelques kilomètres de la mine d’uranium de Crawford.

Il a été choisi par les « êtres tonnerres » comme « homme medecine » (Heyoka). Il pratique les sept cérémonies sacrées de la Tribu, et est le chef de « la danse du soleil » de Wounded Knee. Il est l’arrière petit fils du chef American Horse, lieutenant de Sitting Bull.

Dennis est chargé de la préservation de l’histoire de son peuple et est le directeur de l’OST (office des affaires culturelles). En tant que représentant du gouvernement Lakota, il travaille à la défense des intérêts tribaux en ce qui concerne la protection de l’eau, les ressources naturelles, les sites et objets historiques, la pratique de la culture et de la spiritualité autochtone. Il se bat depuis plus de dix ans contre la pollution provoquée par les mines d’uranium.

Il est également enseignant au Oglala Lakota College et artiste.

Fawn Galvan

Elle s’appelle Fawn Galvan, elle est la petite-fille d’un grand « homme medecine » paiute et elle en est très fière. Le mot Paiute veut dire, en langue uto-aztèque, « le peuple de l’eau » (Ute : peuple ; Pa : l’eau), il n’y a donc rien d’étonnant qu’elle soit « porteuse d’eau. Son calme, sa gentillesse et sa douceur ne l’ont pas empêché de faire une belle carrière militaire. Elle devient capitaine dans le corps des armées spécialisées dans les guerres biologiques et chimiques. Elle quitte l’armée pour s’occuper d’enfants ayant de graves problèmes physique et mentaux.

Pendant ses loisirs elle danse dans les pow-wow. La couleur bleue de sa robe évoque la couleur de l’eau dont elle est la gardienne.

Zyanya Hawk

Elle s’appelle Zyanya Hawk, elle est la fille de Butch Mudbone, célèbre soul man qui s’est produit plusieurs fois en France et notamment à Besançon et à Ornans. Comme son père, elle est Seneca de la Confédération Iroquoise. Dans notre monde elle est enseignante, dans le sien elle est « porteuse d’eau », et militante pour la cause indienne. Elle a occupé avec les siens le site de Standing Rock contre le projet du pipeline Dakota Access. Son chemin est celui de la reconquête, sa vie est une bataille constante pour la sauvegarde de leurs terres, de leurs droits et de la liberté de vivre et d’exister.

Zyanya parcourt le monde pour témoigner de ce qui se passe dans son pays. Elle représente la jeunesse et les espoirs de son peuple.